dimanche 30 avril 2017

Souvenirs d’enfance


















20 avril 2017. Je retourne au Théâtre Garonne où est repris "Saga", découvert deux ans plus tôt à Toulouse, soit quelques jours seulement après sa création au Parvis – Scène nationale de Tarbes. Comme dans son poignant solo "Adishatz/Adieu", relatant quelques épisodes de son adolescence, Jonathan Capdevielle s’inscrit de nouveau dans une veine autofictionnelle en replongeant dans son enfance vécue notamment chez sa sœur, dans une grande maison située à Ger au pied des Pyrénées, près de Tarbes. Il confronte ici ses souvenirs à ceux de sa sœur, et illustre le récit à l’aide de chansons et de vidéos de l’époque, s’autorisant aussi des dérives fantasmées puisées dans l’imaginaire de la culture pyrénéenne. Je lis ces quelques lignes tirées de la note d’intention de Jonathan Capdevielle : «Durant une période charnière entre l'enfance et l'adolescence, l'environnement familial a été le théâtre où, jours après jours, se jouait une pièce, dont les scènes aussi drôles que dramatiques, me hantent encore aujourd'hui. Dans une grande liberté et une joyeuse insouciance, nous vivions dans une aire de jeux, où se côtoyaient les brigands, les week-ends à la plage, des reconstitutions de films d’horreur, des répétitions du "Lac des cygnes", des séances de spiritisme, mes premiers pas au théâtre, avec pour toile de fond les Hautes-Pyrénées. Je ne fais pas partie des familles où tout va bien, et j'ose parler de fatalité. En effet, l’histoire des “Capdevielle” a été ébranlée par des malheurs qui s'apparentent, sur certains sujets, à une tragédie grecque : l'inceste, la maladie, la mort, la dépossession de biens. Pour moi, la famille a été en partie décisive dans les choix qui plus tard m'ont conduit à devenir artiste et interprète. Dans une certaine mesure, cette éducation mouvementée et chaotique a influencé mon regard sur le monde et ma vision de l'art en général.» Dans la grande salle bondée du théâtre, je me délecte de tous les talents exhibés par Jonathan Capdevielle, à la fois acteur, danseur, chanteur et ventriloque, notamment… Je me demande si certaines scènes n’ont pas été ajoutées ou d’autres allongées depuis la création du spectacle. Avec ses trois camarades de jeu, j’ai la nette impression qu’il use de quelques improvisations – art dont il est aussi un praticien hors pair – lorsque, devant l’hilarité générale, il est grimé en gay, patron de discothèque très extraverti. Je suis encore une fois bouleversé quand ce personnage haut en couleurs raconte les détails de l’enterrement de son ami homosexuel, suivi du récit de sa mort des suites du sida, avant de se lancer dans l’interprétation magistrale d’une chanson de Céline Dion ! Au fil des scènes reconstituées, je suis stupéfait par les multiples ruptures de ton virtuoses entre chaque tableau. Je relève la manière dont Jonathan Capdevielle dévoile l’éveil de son attachement pour les garçons, par exemple à travers l’évocation de ses sentiments ambigus à l’égard de son meilleur copain de l’époque, ou lorsque sa trop grande sensibilité est parfois moquée par son beau-frère. Je suis intrigué par le regard terrorisé du petit Jonathan saisi en gros plan dans les (trop) longues scènes de films d’horreur projetées à la fin du spectacle, telles qu’elles ont été filmées dans les années quatre-vingt. Je vois ces images comme un écho à "Jerk", création aujourd’hui culte qu’il a interprétée sous la direction de Giselle Vienne. Pièce écrite par Dennis Cooper, "Jerk" est une reconstitution imaginaire, trouble et incongrue des crimes perpétrés par un sérial killer américain qui a tué plus d’une vingtaine de garçons au Texas, au milieu des années soixante-dix. Jonathan Capdevielle y multiplie les rôles (le narrateur et les personnages), aidé par des marionnettes qu’il manipule seul sur scène.

"Saga"© Estelle Hanania

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