lundi 29 mai 2017

Lucia la douce


















26 mai 2017. Nadine Koutcher m’avait enchanté la saison dernière dans la reprise d’une production toulousaine admirable des "Noces de Figaro", de Mozart. Je me réjouis donc de retrouver la soprano biélorusse sur la scène du Théâtre du Capitole, à l’occasion d’une nouvelle reprise de "Lucia di Lammermoor", dans la mise en scène toute en décors et costumes d’époque signée par Nicolas Joel en 1998. Dans le rôle d’Edgardo, j’attends beaucoup du ténor russe Sergey Romanovsky qui m’avait déjà impressionné dans "Castor et Pollux". Quant au baryton ukrainien Vitaliy Bilyy qui chante Enrico, je n’ai pas pu l’apprécier cette saison dans "Ernani" – la dernière représentation ayant été annulée faute de ténor – mais je me souviens de sa performance vocale dans "le Trouvère". Le maestro Maurizio Benini s’est illustré maintes fois ici, dernièrement dans "Don Carlo". Pour servir le chef-d’œuvre de Gaetano Donizetti, il a face à lui l’Orchestre et le Chœur du Capitole, toujours au meilleur de leur forme, et une belle distribution, vocalement très homogène, complétée notamment par l’admirable voix de basse de Maxim Kuzmin-Karazaev pour incarner l’aumônier Raimundo. Je me régale de la Lucia douce de Nadine Koutcher (photo), au timbre rond et chaleureux. Elle use à merveille de ses couleurs vocales pour sublimer ce personnage renonçant à ses élans amoureux pour servir les intérêts de sa famille et être ainsi mariée selon le choix de son frère. Aucune hystérie caricaturale ne vient brouiller son interprétation de la fameuse scène de la folie qui intervient au soir de la nuit de noces, après l’assassinat de son mari de ses propres mains. La pureté et la dextérité de son chant s’harmonisent avec la flûte aérienne de Sandrine Tilly. De bout en bout de la représentation, je suis saisi par cette Lucia grâce aux grandes qualités de comédienne et à l’intelligence du plateau dont fait preuve la chanteuse. Si Vitaliy Bilyy, dans le rôle du frère, est scéniquement plus en retrait, je trouve sa présence monolithique finalement en accord avec la rigidité du personnage. Sergey Romanovsky me convainc en Edgardo, l’amoureux trahi : malgré son approche plutôt conventionnelle du héros sacrifié, je suis conquis par son timbre séduisant et sa technique redoutable alliée à une endurance irrésistible. Veillant à maintenir une précision équilibrée entre l’orchestre et les voix, la baguette de Maurizio Benini expurge le drame de toute tentation mélodramatique appuyée, laissant ainsi aux décors successifs d’Ezio Frigerio le soin de satisfaire une certaine partie du public toujours en manque de ce genre d’excès. Si la débauche de carton-pâte fait d’ailleurs son effet sous les splendides lumières de Vinicio Cheli, la fluidité du livret signé par Salvatore Cammarano - d’après le roman de Walter Scott "The Bride of Lammermoor" - nécessite d’incessants changements de plateau qui évitent à la mise en scène de s’installer trop longtemps dans un cadre. De tant de perspectives à perte de vue et d’architectures monumentales, je retiendrais surtout la majestueuse austérité d’un imposant mur de pierre taillé dans la montagne qui délimite l’espace en fond de scène.
"Lucia di Lammermoor" © Patrice Nin

Jusqu’au mardi 30 mai, au Théâtre du Capitole,
place du Capitole, Toulouse. Tél. : 05 61 63 13 13.


Rencontre, avant la représentation, 19h00.


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