vendredi 10 mars 2017

Théâtre du fragment


















6 mars 2017. Pour la deuxième année consécutive, je fais une incursion à la Fabrique dans la programmation du festival Universcènes de l’Université Toulouse Jean-Jaurès. Cette manifestation unique en son genre propose depuis dix ans des spectacles amateurs joués par des étudiants en langues étrangères encadrés par des professionnels. Je sais simplement que Céline Nogueira, metteuse en scène de "Pa.tri.ar.chy (The Machine)" à l’affiche ce soir, a conçu le texte de sa création à partir de divers matériaux puisés notamment dans la presse – à propos du procès de Jacqueline Sauvage, par exemple. Le spectacle m’apparaît vite comme une charge terrible, et parfois brutale, contre l’institution du mariage, à travers le parcours d’une jeune fille acceptant trop hâtivement de se marier. Découpée en une succession de tableaux, la narration heurtée et nerveuse répond aux tensions qui irriguent la vie conjugale de ce couple à la dérive, dont l’interprétation est éclatée en trois duos d’acteurs. La violence conjugale y est restituée comme une réponse à la violence de la norme, celle d’une société patriarcale. Je raffole de l’utilisation à la fois luxuriante et transgenre de la musique – de la "Danse macabre" de Camille Saint-Saëns à "Sweet Dreams" d’Eurytmics – qui épouse la forme morcelée de la mise en scène, décuplant ainsi l’impact de chaque situation ou offrant un nécessaire instant de divertissement. Je suis stupéfait par ce théâtre du fragment et de la rupture, naviguant entre avant-garde et cabaret. Très ambitieuse, l’écriture de Céline Nogueira est servie par une vaste troupe hétéroclite et peu expérimentée de jeunes gens, comédiens en formation ou étudiants. Comme dans "Dunsinane" de David Greig, sa précédente mise en scène pour le festival Universcènes, je note que le résultat ne souffre jamais de la moindre trace d’amateurisme, tant la direction d’acteur exploite avec intelligence les potentialités de chacun.


"Pa.tri.ar.chy (The Machine)" © Jean-Pierre Montagné

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