vendredi 31 mars 2017

La musique, tout simplement


















25 mars 2017. Christian Zacharias (photo) avait interprété à la Halle aux Grains le Cinquième concerto de Ludwig van Beethoven, tout en retenue, en ouverture de la saison de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, sous la direction de Tugan Sokhiev. J’ai hâte de retrouver le pianiste allemand, cette fois à la baguette, pour un second concert avec la phalange toulousaine. Il dirige donc du clavier le Dix-septième concerto de Wolfgang Amadeus Mozart, créé en 1784 et écrit pour l’une des élèves du compositeur. Cette pièce gracieuse et lumineuse, trop méconnue, est admirablement servie par Christian Zacharias dont la délicatesse fait ici merveille. Toujours soucieux de maintenir un équilibre parfait avec tous les pupitres de l’orchestre, il me déconcerte par le déploiement d’une limpide virtuosité. Dans l’Andante, le dialogue de la flûte avec le hautbois et le basson m’apparaît tout à fait exquis. Récoltant de vives acclamations du public, le pianiste offre en rappel le Rondeau en ré majeur du même compositeur. Le concert avait débuté par trois extraits de la musique de scène de "Rosamunde", page en dix parties écrites par Franz Schubert en 1823 pour une pièce de théâtre de Helmina von Chézy. Christian Zacharias a choisi de diriger la première musique de ballet, suivie de deux des trois musiques d’entracte que compte cette partition. Il réserve l’interprétation de la première musique d’entracte de "Rosamunde" en préambule de la seconde partie du concert. Des musiciens viennent en renfort pour jouer la Symphonie "Inachevée" de Schubert, page découverte après la mort du compositeur autrichien et dont l’écriture avait débuté en 1822, alors que, âgé de 25 ans, il commençait à s’émanciper de ses maîtres, Mozart et Beethoven. Un projet d’écriture non abouti, comme d’autres entamés à cette période : la Huitième symphonie en si mineur ne comporte que les deux premiers mouvements d’une symphonie, Schubert ayant également esquissé un Scherzo. Or, j’apprends que le premier entracte de "Rosamunde", également en si mineur, a été considéré par certains musicologues comme le final potentiel de la symphonie, puisque l'instrumentation et les climats musicaux sont tout à fait similaires. Je constate que Christian Zacharias semble créditer cette thèse : il dirige en enchaînant le premier entracte de "Rosamunde" et "l’Inachevée" sans baisser la baguette, dans une continuité qui coule de source - réservant toutefois les deux mouvements de la symphonie pour la fin du concert. Musique très dramatique, la Huitième symphonie avance dans une tension permanente grâce à la direction minutieuse du chef qui obtient des musiciens une cohésion de chaque instant. Je suis saisi par la clarté insufflée à cette partition par Christian Zacharias, avec l’extrême simplicité qui caractérise son style, soulevant alors l’enthousiasme unanime du public et des musiciens.

C. Zacharias © Christophe Grémiot

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