samedi 10 décembre 2016

Un prophète

























3 décembre 2016. Si "Elijah" connut un triomphe à Birmingham, en 1846, mobilisant près de 400 interprètes, dont 270 choristes, sous la direction du compositeur Félix Mendelssohn Bartholdy, je constate que l’œuvre à l’affiche de la saison des Grands Interprètes à la Halle aux Grains, dans sa traduction allemande - version que n’entendit jamais Mendelssohn qui devait mourir peu après la création en anglais, en novembre 1847 – n’a pas attisé la curiosité du public toulousain. Méconnu en France, "Elias" est interprété ce soir pour la première fois par le chœur et l’orchestre Pygmalion, fondé et dirigé par Raphaël Pichon, à l’occasion du dixième anniversaire de cet ensemble repéré dès ses débuts pour ses remarquables enregistrements de messes de Johann Sebastian Bach. Mendelssohn s'est justement inspiré de la musique de Bach et de Haendel durant la dizaine d’années qu’il consacra à la conception de sa dernière partition majeure, un oratorio truffé d'amples séquences chorales adaptées au goût anglais de l’époque. Portée par Stéphane Degout (photo), la voix déterminée du prophète Élie résonne en préambule: «So wahr der Herr, der Gott Israels lebet, vor dem ich stehe: es soll diese Jahre weder Tau noch Regen kommen, ich sage es denn» (Aussi vrai que le Seigneur, le Dieu d’Israël, vit, devant lequel je me tiens : il ne viendra ces années-ci ni rosée ni pluie, sauf quand je le dirai). Vient alors l’ouverture de l’oratorio, suivie d’un cri du peuple : «Hilf, Herr! Hilf, Herr! Willst du uns denn gar vertilgen ? Die Ernte ist vergangen, der Sommer ist dahin, und uns ist keine Hilfe gekommen!» (A l’aide, Seigneur ! Veux-tu donc entièrement nous exterminer ? La moisson est passée, l’été est parti, et aucune aide ne nous est parvenue !). Je suis aussitôt saisi par la puissance dramatique dont fait ici preuve l’ensemble Pygmalion avançant dans une belle homogénéité. Au fil du récit biblique tiré du premier "Livre des rois", le destin du prophète se dessine dans sa lutte contre les prêtres païens de Baal exerçant leur emprise sur le peuple soumis d’Israël. Je suis impressionné par l’art de la déclamation et du chant déployé par Stéphane Degout, dont l’interprétation profonde et habitée semble approcher le divin - c’est ainsi que n’ayant jamais pratiqué la langue allemande, je me surprends à comprendre chaque mot prononcé par le baryton français. Il est entouré d’une distribution aussi brillante qu’harmonieuse : la Française Judith Fa et l’Allemande Julia Kleiter, sopranos, la Française Anaïk Morel, mezzo-soprano, et le ténor anglais Robin Tritschler. Raphaël Pichon restitue toute l’ampleur et la profondeur de cette partition grâce à une direction élégante et majestueuse. Les musiciens livrent une interprétation limpide et colorée, tandis que le chœur fait preuve d’un naturel aérien dénué de la moindre lourdeur. J’écoute ainsi l’œuvre se dérouler, toute en intensité et fluidité, jusqu’à la rédemption et la révélation finale après la montée au ciel du prophète.

 

S. Degout © Thibault Stipal

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