mardi 6 décembre 2016

Music from outer Space


















2 décembre 2016. Une foule de jeunes gens se presse devant l’entrée de la Halle aux Grains pour assister au second concert de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse qui invite, à guichets fermés, Jeff Mills. Dans le programme distribué aux spectateurs, j’apprends que le DJ américain se réfère aux "Planètes" du compositeur anglais Gustav Holst pour la conception de ce concert intitulé "Light from the Outside World". Il entend ainsi explorer «la force majeure qui réside dans notre Soleil le plus proche. Les constantes impulsions d’énergie qui nous confèrent notre vie physique et spirituelle afin que nous puissions continuer à irradier dans la spirale en expansion de l’évolution humaine». Au début de la soirée, je m’efforce d’oublier la sonorisation envahissante de chaque instrument qui déforme ce que j’observe : le solo de violon et de flûte sont, par exemple, surexposés inutilement lorsque l’orchestre reste inactif. Placé à l’extrémité de la scène, à proximité des contrebasses et à la droite du chef d’orchestre, Jeff Mills livre des interventions minimalistes avant d’affirmer peu à peu sa présence. Son tube "The Bells" enflamme la salle et je suis propulsé au cœur des années quatre-vingt-dix ! Un spectateur s’écrit : «Grâce à vous, ma femme et moi avons rajeuni de 55 ans !». Le public et les musiciens, à l’unisson, sont alors hilares. Ne comprenant guère ce qu’il se passe, Jeff Mills est aussitôt rassuré d’un regard et d’un simple geste par le chef Christophe Mangou. Ce dernier collabore depuis quatre ans avec le pionnier de la techno pour ce genre de performances, et maîtrise donc parfaitement ce répertoire inhabituel pour une telle phalange. Malgré la présence d’un dispositif de lumières et de projections visuelles épousant les rythmes syncopés, je constate que le projet de Jeff Mills s’intègre parfaitement dans le rituel très réglé du concert classique : il s’attribue par exemple une place d’invité au même titre qu’un soliste virtuose exécutant un concerto. À l’occasion, les percussionnistes sont sollicités, se livrant chacun leur tour à une succession de solos endiablés, jusqu’à ce que le DJ prenne le relais pour la plus grande joie du public conquis. À deux reprises, Jeff Mills remercie les musiciens et leur chef. Dix-huit pièces se succèdent durant la soirée, adroitement orchestrées par le compositeur français Thomas Roussel. Depuis 2005, ce dernier arrange les pièces de l’Américain afin que la texture sonore de chaque instrument s’adapte à la froide mécanique de la musique techno. La première expérience du DJ avec une formation symphonique eut lieu à l’époque en plein air, aux abords du pont du Gard, avec l'Orchestre national de Montpellier. La Halle aux Grains adopte aujourd’hui les atours du mythique Palace parisien au temps de ses derniers feux - avant son extinction au cœur des 90’s. Au terme de ce show flamboyant, "The Bells" se fait de nouveau entendre dans la clameur générale. Le voyage spatio-temporel s’achève après un second rappel. Je reconnais que le patronage revendiqué de Holst n’est ici guère usurpé.


J. Mills & l’ONCT © Patrice Nin

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