mercredi 21 septembre 2016

Secrets et mensonges


















18 septembre 2016. J’ai toujours hâte de découvrir un film de François Ozon, "Frantz" en particulier, lequel est déjà considéré par beaucoup comme l’une de ses plus belles œuvres. S’inspirant de "Broken Lullaby" (1932) d’Ernst Lubitsch, je constate qu’Ozon reste totalement fidèle à sa signature. Héritier de Douglas Sirk, il est le cinéaste du secret, celui dont les personnages avancent masqués. Jeune français débarquant à la fin de la Grande Guerre dans une famille allemande qui vient de perdre un fils, Adrien ressemble ainsi à David (Romain Duris), héros d’"Une nouvelle amie" – le précédent opus d’Ozon – qui aime se travestir à l’abri des regards : mâle et hétéro parfait au début de l’histoire, David deviendra Virginia, lesbienne et mère de famille modèle. Je m’interroge sur le mystère dissimulé par le personnage d’Adrien (Pierre Niney) se présentant comme un ami de Frantz, ce jeune allemand disparu dans les tranchées de la Première Guerre mondiale et pleuré par les siens. François Ozon a choisi le noir et blanc pour son film, mais il fait revivre Frantz dans des flashbacks furtifs en couleurs. Il filme les deux amis dans leur bonheur parisien, si éphémère, et l’ambiguïté de leur amitié fusionnelle. Je décèle ensuite l’émergence d’un "Jules et Jim" inversé avec l’amitié naissante d’Adrien et d’Anna, fiancée inconsolable hantée par le fantôme de Frantz. De clins d’œil truffaldiens en paysages à la Douglas Sirk, Ozon joue comme toujours avec l’histoire du cinéma et trimballe habilement le spectateur dans le dédale de la psychologie sinueuse d’Adrien. Objet à la plastique irréprochable, tourné quinze ans après l’énigmatique "Sous le sable", "Frantz" est un film âpre sur la solitude qui ronge les survivants endeuillés. Une œuvre déchirante travaillée par la douleur de vivre.
 

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