dimanche 1 mai 2016

De L’Impact au kebab


















27 avril 2016. J’ai toujours été séduit par les films d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, souvent des comédies empreintes de militantisme et de drame : la comédie musicale à la manière de Jacques Demy, sur fond de sida, "Jeanne et le garçon formidable", le parcours initiatique de Sami Bouajila croisant l’irrésistible Patachou dans "Drôle de Félix", les facéties estivales de "Crustacés et coquillages", la saga amoureuse et politique "Nés en 68", et la douloureuse histoire familiale de "l’Arbre et la forêt" inspirée du récit autobiographique de Pierre Seel, sur la musique de Richard Wagner. Je me rends donc les yeux fermés à l’ABC, à la découverte de "Théo et Hugo dans le même bateau". Le film débute dans le sous-sol du sex-club parisien le plus glauque, L’Impact, où chacun est invité à entasser au vestiaire ses fringues dans un sac poubelle avant d’accéder au sous-sol. Suit une scène de partouze qui s’avère lourdement interminable, cadre d’un coup de foudre naïvement mis en scène. Je me doute que les deux jeunes acteurs principaux ont été choisis avant tout pour leur physique répondant à un cahier des charges très précis : figure agréable, corps naturellement harmonieux et non déformé par la musculation, sexe de taille généreuse et bien dessiné. Ils ont surtout accepté d’apparaître entièrement nu et en érection, et de commettre des fellations non simulées à l’écran. Vingt minutes plus tard, à la sortie du bar, ils font un bout de chemin ensemble sur un vélib’ avant de réaliser que, dans ce magma de corps enchevêtrés, l’un a sodomisé l’autre sans mettre de préservatif. Or, l’autre annonce sa séropositivité et invite le premier, très contrarié, à rejoindre aussitôt les urgences de l’hôpital le plus proche sur les conseils de Sida Info Service contacté à cinq heures du matin. Séparés, ils se retrouvent finalement dans la salle d’attente de l’hôpital. Ils restent ensemble lors de la consultation, filmée en temps réel, destinée à la prescription du traitement d'urgence aussitôt administré. Je me lasse assez vite de tant de bonnes intentions pas toujours compatibles avec un minimum d’exigence cinématographique, d’autant plus que l’un des deux acteurs ne me convainc pas. Affamés par tant d’émotions, ils poursuivent leur route à la recherche d’un kebab. Encore ouvert à six heures du matin, un restaurateur syrien leur annonce : «La guerre c'est horrible, l'injustice c'est insupportable»… Après tant de politiquement correct platement étalé sur grand écran, toujours en temps réel, j’attends péniblement la fin qui tarde à me libérer de ce calvaire. Le générique finit par défiler au bout d'une heure et trente minutes. Voilà encore un film qui tend à perturber les frontières entre fiction et documentaire, comme j’en vois depuis quelques mois pour le meilleur ("The Other side" de Roberto Minervini, "Taklub" de Brillante Mendoza) ou pour le pire ("La Loi du marché" de Stéphane Brizé). Le spectateur installé devant moi tourne la tête à la recherche de quelque chose posé sur le fauteuil d’à côté. Une fois trouvé son téléphone, la lumière de l’écran éclaire un visage que je reconnais : un comédien actuellement en répétition au Théâtre national de Toulouse qui est apparu dans un film français où ne figurait que des personnages homosexuels...

1 commentaire:

  1. Il y avait bien longtemps que je n'avais quitté une salle de cinéma en plein film... La catastrophe des bons sentiments, rien de pire en temps de crise.

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