samedi 3 novembre 2012

Un chef chorégraphe
















  
3 novembre 2012. À la Halle aux Grains, Tugan Sokhiev dirige l'Orchestre national du Capitole de Toulouse dans un programme de musiques russes. Le concert débute par "Islamey" de Sergueï Mikhaïlovitch Balakirev, une pièce courte pour piano inspirée des rhapsodies hongroises de Franz Liszt et créée en 1869 par Nikolaï Rubinstein. La création au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg de cette orchestration de Sergueï Liapounov, pour une chorégraphie de Mikhail Fokine, date de 1912. Je goûte une fois encore avec bonheur le sens inné de la danse et du rythme de Tugan Sokhiev, l’orchestre déployant ici ses plus belles couleurs. Sandrine Tilly interprète ensuite le premier concerto pour flûte et orchestre à cordes de Mieczyslav Weinberg. Issu d’une famille polonaise d’artistes yiddish, le compositeur emprunte à la musique klezmer pour la valse qui débute le troisième mouvement de cette pièce créée à Moscou en 1961. Flûte solo de l’Orchestre du Capitole, Sandrine Tilly restitue les contrastes du premier mouvement, vif et lumineux, avec une ferveur déterminée. Elle excelle dans la lenteur de la profonde obscurité du deuxième mouvement, avant de récolter les acclamations du public au terme d’un final dont elle maîtrise à la perfection les élans chaotiques. Rappelée, elle interprète "Syrinx", pièce tendre et brève de Claude Debussy. Dans la seconde partie de la soirée, Tugan Sokhiev dirige "Shéhérazade", œuvre la plus populaire de Nikolaï Rimski-Korsakov créée à Saint-Pétersbourg en 1889. Foisonnante, la partition restitue l’atmosphère orientale des contes des "Mille et une Nuits" dans une avalanche de couleurs étincelantes. L’Orchestre du Capitole déroule les tableaux successifs avec une ampleur théâtrale démesurée dont je savoure chaque instant. Dans ce langoureux poème symphonique, le violon solo de Geneviève Laurenceau (photo) est une Shéhérazade radieuse jusqu’à l’ivresse. Je suis toujours stupéfait par les qualités chorégraphiques du chef russe, sa grâce naturelle électrise ce récit épique et envoutant truffé de danses généreuses. Mes sens sont excités par l’expression de tant de beauté : les sensations se croisent, se bousculent et fusionnent en moi dans un ardent frisson de bonheur. Une ovation tonitruante couronne cette sublime interprétation.

G. Laurenceau,  T. Sokhiev et l'ONCT © Patrice Nin

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