dimanche 21 septembre 2014

Semaine grolandaise


















21 septembre 2014. Au terme de cette troisième édition qui s’est tenue durant une semaine de septembre, je constate que le Festival international du Film grolandais de Toulouse s’impose une bonne fois pour toutes comme une manifestation d’utilité cinématographique. Refuge du cinéma planétaire indépendant, le cinéma grolandais se regarde sans lunettes 3D et à l’écart de tout conformisme lénifiant. Entre le bain de foule du président Salengro dans les rues de la Ville rose et le gros concert de clotûre sur le parvis de la basilique Saint-Sernin, le Fifigrot a accueilli cette année "la Vieille dame indigne" (photo) de René Allio. Sorti en 1965 et tout juste restauré, le film dresse le portrait d’une veuve à priori austère, évoluant au cœur des années soixante dans un vieux quartier excentrée de Marseille. Fatiguée de servir la soupe aux hommes de sa petite famille, elle prend la liberté de vivre enfin sa vie, n’hésitant pas à claquer son argent comme ça lui chante, profitant de soirées passées au restaurant d’en face ou en compagnie de ses nouveaux amis. Le tout, sous le regard affollé de ses enfants…
Créature américaine et monstrueuse du XXe siècle, l’attachante Divine a eu les honneurs d’une rétrospective projetant le documentaire "I am Divine" que je découvrais à cette occasion, ainsi que ses deux derniers rôles écrits par John Waters dans les années quatre-vingt : "Polyester", film en «odorama», ou le portrait d’une desperate housewife humiliée par un mari répugnant ; "Hairspray", film musical et kitsch dans la Baltimore des sixties. Côté inédits, je me suis enthousiasmé pour "R 100", du Japonnais Hitoshi Matsumoto. On y suit un père de famille esseulé dont la femme est plongée dans le coma. Comme dans "le goût du saké" d’Ozu, le cinéaste filme en plans fixes la vie quotidienne et monotone de son héros : journées au travail et soirées passées avec son jeune fils. Au lieu de se réfugier dans le saké, notre homme cherche
plutôt le réconfort dans la fréquentation de femmes dominatrices. D’Ozu, on bascule aussitôt chez Buñuel, puis du côté du film fantastique américain quand le scénario s’emballe dans un rocambolesque aussi imprévisible qu’irrésistible. De "la Lettre à Élise" à la Neuvième symphonie, Hitoshi Matsumoto puise avec maestria chez Beethoven pour insuffler un lyrisme insensé à cette histoire surréaliste. 
Présenté en compétition, "Indésirables" de Philippe Barassat s’est vu décerné l’Amphore du peuple, soit le prix du public selon moi amplement mérité. Cinéaste marginalisé en raison de sa tendance facheuse à empoigner les sujets les moins consensuels – ses films ont pour titre "le Nécrophile" ou "les Dépravés" -, Philippe Barassat s’intéresse ici à un infirmier au chômage devenu assistant sexuel pour personnes handicapées… Avec intelligence, humour et gravité, entre "Freaks" de Tod Browning et "Viridiana" de Luis Buñuel, "Indésirables" trouve sa voie, creusant de multiples sillons sans jamais se noyer dans la superficialité ni la facilité : exploration du désir amoureux, description des difficultés à vivre en situation de handicap, plongée dans la vie d’un couple, portrait en noir et blanc d’un acteur attachant (Jérémie Elkaïm). Un film annoncé dans les salles à la fin de l’année…

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