mercredi 10 octobre 2012

Rome

















10 octobre 2012. Le Théâtre du Capitole a confié la mise en scène du très rare "Rienzi" à Jorge Lavelli. Lequel installe l’action du troisième opéra de Richard Wagner dans les bas-fonds industriels d’une Rome intemporelle. Signé par le compositeur, le livret de "Rienzi, le dernier des tribuns" s’intéresse au personnage historique de Cola di Rienzo, un plébéien et notaire du Pape qui instaure la République à Rome au milieu du XIVe siècle . Le metteur en scène inscrit son travail dans la continuité de sa précédente production toulousaine, celle du "Simon Boccanegra" de Verdi créée à la Halle aux Grains à l’automne 2009 : « Le personnage historique de Rienzi est cité dans le premier acte de "Simon Boccanegra", personnage éponyme de l’œuvre trahi par ses proches, offrant à la population plus de liberté. Pour "Rienzi", j’ai sans aucun doute cherché un même dépouillement que dans mon "Simon Boccanegra", pour servir des fins tout à fait similaires. Rienzi est comme Simon Boccanegra un homme du peuple, plus rustre peut-être, qui s’impose (…) », prévient Jorge Lavelli. Je retrouve dans cette nouvelle production l’esthétique de la précédente : le rouge et le noir des costumes, les visages blafards, la lumière émergeant de l’obscurité, la verticalité des décors. Dès l’ouverture, je suis emporté par l’ampleur phénoménale de la direction de Pinchas Steinberg à la tête de l'Orchestre du Capitole. Le chef a amputé la partition de près de deux heures sans nuire à la cohérence de l’œuvre. Il la porte avec une incroyable énergie, soutenue par un orchestre exemplaire et captivant jusqu’à la dernière note. Omniprésente, la partie chorale est magistralement portée par le Chœur du Capitole renforcé par l’académie de la Scala de Milan. La distribution est tout aussi convaincante, dominée par Torsten Kerl dans le rôle-titre. Le ténor allemand livre une performance d’une grande intelligence, mesurant sa voix dans les premiers actes pour mieux la déployer par la suite. Je suis à chaque instant impressionné par les subtilités dramaturgiques de sa démarche, par son indéniable capacité à incarner ce personnage aux multiples facettes. Dans le rôle d'Irène, la soprano suédoise Marika Schönberg s’économise moins. Le rôle travesti d’Adriano est confié ce soir à la mezzo-soprano allemande Daniela Sindram dont l’assurance vocale fait ici sensation. Tous tirent parti de la précision sans faille d’une minutieuse direction d’acteurs. Dans sa mise en scène aussi audacieuse que réservée, Jorge Lavelli distille quelques moments d’une grande beauté formelle, comme la poignante prière de Rienzi ou le sensationnel embrasement final. Spectacle total, cette production événement qui ouvre la saison de l’opéra toulousain est acclamée avec faste par un public fort enthousiaste.

"Rienzi" © Tommaso Le Pera

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