vendredi 29 juin 2012

Marche funèbre

















29 juin 2012. Une nouvelle production de "Tannhäuser et le tournoi des chanteurs à la Wartburg", de Richard Wagner, est signée par le chorégraphe Christian Rizzo au Théâtre du Capitole. Pour sa deuxième mise en scène lyrique, il a choisi une esthétique qu'il qualifie lui-même de «classicisme nettoyé». Ainsi, pour la bacchanale qui ouvre l'opéra, il dirige les jeunes danseurs du Centre de développement chorégraphique dans un ballet fantomatique. Neutre et transparente, sa chorégraphie laisse toute la place au déploiement de la musique, volumineuse, servie par plus d'une centaine de musiciens de l'Orchestre du Capitole dirigé par le chef allemand Hartmut Haenchen. Christian Rizzo déconcerte donc une fois de plus le public toulousain, comme il le fit deux ans plus tôt pour le triptyque "Ewartung", "Pierrot lunaire", "La Voix humaine". Sombre et impénétrable, sa mise en scène de "Tannhäuser" est une longue et belle marche funèbre accompagnant un homme en proie à la tentation charnelle figurée par Venus. La beauté froide des décors de Frédéric Casanova me fascine : une somptueuse fresque en relief boisé évoque la grotte abritant le royaume de Venus dans le premier acte, et des murs d'un marbre gris sobre comme «une grande pierre tombale» délimitent la salle des chanteurs à la Wartburg. Je suis ébloui par l'extravagante richesse des costumes colorés de la Cour, conçus par Michaela Bürger. Dans le rôle de la déesse, je ne suis guère séduit par la puissante voix de soprano de Jeanne-Michèle Charbonnet dont le vibrato métallique ne cesse de grésiller à mon oreille. Dans le rôle-titre, le ténor Peter Seiffert évite de s'attarder sur la belle palette de couleurs dont sa voix est pourtant dotée : il en néglige les nuances au profit de hurlements inutiles pour cet écrin si intime qu'est le Théâtre du Capitole. Autour de lui, ses partenaires rivalisent d'une intelligence vocale dont il semble dénué. Sous les traits de Wolfram, je tombe en extase à l'écoute de la performance sensible, délicate et mesurée du baryton Lucas Meachem. En Hermann, la basse Christof Fischesser fait preuve d'une détermination assurée, Andreas Bauer est un Biterolf convainquant, et la soprano Petra Maria Schnitzer (photo) se coule avec une élégante grâce dans le rôle d'Elisabeth. Tout en précision, le Chœur du Capitole donne le meilleur de lui-même dans cet ouvrage au cours duquel il est fort sollicité. Je regrette que Peter Seiffert se soit employé à massacrer cette production par un jeu d'acteur limité à quelques grossières expressions faciales et par des saillies vocales assommantes. Il n'a visiblement pas compris qu'on ne chante pas de la même manière au Metropolitan opera de New York ou à l'Opéra Bastille et au Théâtre du Capitole.

"Tannhäuser" © Patrice Nin

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire