mardi 19 mai 2015

L'habit ne fait pas la nonne

















19 mai 2015. Quatre ans seulement après sa création toulousaine, "les Fiançailles au couvent" est de nouveau à l’affiche du Théâtre du Capitole dans la mise en scène dynamique de Martin Duncan, agrémentée des décors judicieux et des costumes colorés d’Alison Chitty. Malgré l’entrain de la direction d’acteur et de la direction musicale, la faiblesse du livret, inspiré de la pièce de Sheridan "The Duenna", m’avait alors inspirée une certaine déception. Impression aujourd’hui évaporée ! Est-ce parce que cette œuvre rare de Serge Prokofiev, à l’époque inconnue, m’est désormais familière ? Ou bien parce que la production s’est encore affinée à l’occasion de ces nouvelles représentations ? Peu importe, quand il ne reste finalement que le plaisir du spectateur face à une troupe d’interprètes qui prend autant de plaisir à jouer la comédie ensemble. Outre le Chœur du Capitole dirigé lui aussi avec précision, on retrouve les mêmes chanteurs : la soprano Anastasia Kalagina tient le rôle de Louisa, le ténor Daniil Shtoda celui d'Antonio, la mezzo-soprano Anna Kiknadze celui de Clara d'Almanza, la basse Mikhail Kolelishvili reprend celui de Mendoza et le baryton Garry Magee celui de Don Ferdinand. La mezzo-soprano Elena Sommer est une nouvelle venue sous les traits de La Duègne, et le ténor anglais John Graham-Hall – déjà apprécié ici dans "Albert Herring" de Britten – est un époustouflant Don Jérôme. Je me régale de l’incroyable sens comique de ce dernier, entraînant à lui seul tout ce beau monde dans une ronde de quiproquos, travestissement et autre substitution de personnages – procédés rappelant "les Noces de Figaro" et "Così fan tutte" de Mozart, et bien d’autres œuvres théâtrales de Molière ou Marivaux. Martin Duncan place les faux-semblants au cœur de sa mise en scène : portes, fenêtres et échelles de théâtre donnent sur du vide, murs du plateau et cintres sont à découvert. Je relève les propos de Tugan Sokhiev rappellant à quel point le théâtre est le moteur de cette partition créée en 1946: «Prokofiev est avant tout intéressé par une situation théâtrale : au sein d’une famille noble, un père veut marier sa fille à un très riche marchand de poissons. Des intrigues se nouent et se dénouent entre des personnages ayant des conditions sociales différentes». Le chef restitue avec bonheur toute l’énergie, la richesse et la subtilité de cette musique nécessitant une interaction de chaque instant entre l’orchestre et la scène. Je me joins aux bruyantes acclamations résonnant à la fin du spectacle.


"Les Fiançailles au couvent" © Patrice Nin

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