vendredi 23 novembre 2012

Les classiques (2)

















23 novembre 2012. Pour la troisième saison consécutive, Giovanni Antonini est invité à la tête de l’Orchestre national du Capitole Toulouse, à la Halle aux Grains. Spécialiste du répertoire baroque avec l’ensemble Il Giardino Armonico dont il est membre fondateur, le chef italien poursuit à Toulouse son exploration du style classique. Il dirige la Symphonie en do mineur de Joseph Martin Kraus, compositeur allemand récemment redécouvert. Sans doute écrite en 1783, à Vienne, elle est influencée par l'esthétique du Sturm und Drang («Orage et Passion»), courant artistique dont s’est nourri Haydn entre 1766 et 1774 pour ses symphonies. Je découvre cette œuvre aux accents mélancoliques mais dénuée de pesanteur. Le chef enchaîne les trois mouvements avec sa fougue habituelle, jusqu’au final bouillonnant d’énergie. Le Suédois Martin Fröst (photo) fait ensuite ses débuts avec la phalange toulousaine dans le concerto pour clarinette de Wolfgang Amadeus Mozart. Il a été écrit durant la dernière année de la vie du compositeur, en 1791, parmi ses derniers chefs-d’œuvre - dont le Requiem et "la Flûte enchantée". Virtuose lumineux, le clarinettiste saisit cette partition avec une élégance rare d’où jaillit la poésie. Je suis frappé par son attention permanente aux élans du chef et par son souci du dialogue, en osmose totale, avec les solistes. Musicien généreux, il donne en rappel, avec le quintet à cordes de l’orchestre, une relecture de l’Ave Maria composé par Charles Gounod sur le prélude du premier livre du "Clavier bien tempéré" de Jean-Sébastien Bach. Comme tout le monde, je suis subjugué par le second bis offert, composition de son cru où sa voix se glisse dans un précipité mélodieux et volcanique. Créée à Vienne en 1814, la Huitième symphonie de Ludwig van Beethoven termine ce programme. Le chef italien conduit l’orchestre avec une précision sans faille, combinée à une irrésistible frénésie. J’aime cette lecture assumant sans retenue la légèreté d’une partition conçue sans mouvement lent. Entre danse débridée et burlesque affiché, la vitalité de l’œuvre est fièrement restituée par Giovanni Antonini. Un triomphe lui est réservé par le public de la Halle aux Grains conquis par tant de ferveur.

M. Fröst © Mats Bäcker

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