mardi 23 octobre 2012

Le théâtre de Christophe Honoré (1)

















23 octobre 2012. En ouverture de "Nouveau Roman", l’acteur Julien Honoré se présente au public de la grande salle du Théâtre national de Toulouse en porte-parole de son frère, le metteur en scène Christophe Honoré. Dans ce préambule, il révèle la genèse de cette création collective dont les personnages sont les auteurs du fameux courant littéraire initié par les Éditions de Minuit. Il introduit dans la foulée chaque acteur et son personnage : Annie Mercier en Jérôme Lindon, Brigitte Catillon en Michel Butor, Jean-Charles Clichet en Alain Robbe-Grillet, Ludivine Sagnier en Nathalie Sarraute, Anaïs Demoustier en Marguerite Duras, Benjamin Wangermee en Claude Ollier, Mathurin Voltz en Robert Pinget, Sébastien Pouderoux en Claude Simon, Mélodie Richard en Catherine Robbe-Grillet, Julien Honoré en Claude Mauriac. Si Samuel Beckett a été écarté de la scène, Françoise Sagan fera une apparition furtive. Je suis impressionné par l’immense décor qui pourrait être celui d’un plateau de télévision. Les interprètes s’approprient des propos tenus par leur personnage dans des entretiens parus dans la presse. Ils se lancent d’abord dans une diatribe contre l’art de raconter une histoire à la manière de Balzac et dans une tentative de définition du courant littéraire qui les réunit. Des écrans vidéo restituent régulièrement des entretiens avec des auteurs d’aujourd’hui : Marie Darrieussecq, Mathieu Lindon, Lydie Salvayre, Gilles Leroy, Charles Dantzig, Philippe Sollers, François Begaudeau, Geneviève Brisac ou Dennis Cooper évoquent leur rapport au Nouveau Roman. Je suis très emballé par la restitution d’extraits d’œuvres, l’occasion d’assister parfois à de véritables performances d’acteurs : le récit de la fuite à cheval de Claude Simon en mai 1940 - tiré de "la Route des Flandres" -, ou une chanson écrite par Marguerite Duras et la recette de sa fameuse soupe aux poireaux préparée sur scène. Entre apartés de poésie musicale et crêpages farfelus de chignon entre écrivains, le spectacle tend parfois vers une sorte de foutoir divertissant. Je regrette la brièveté des improvisations des acteurs en réponse aux questions venues du public. Le tout se révèle finalement si didactique que j’apprends mille choses. Les minutes s’écoulent dans une évidente fluidité. Je finis par être bouleversé par la lente et inattendue révélation de l’homosexualité de Robert Pinget, soulignée par la mise à nu de l’interprète.

"Nouveau Roman" © J.-L. Fernandez

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