lundi 3 février 2014

Le miracle

















3 février 2014. Tugan Sokhiev dirige à la Halle aux Grains son premier concert toulousain depuis sa nomination le 20 janvier - avec prise de fonction immédiate pour une période de quatre ans - au poste de directeur musical de l’opéra du Bolchoï, à Moscou. Le chef russe partagera désormais son emploi du temps entre ses fonctions de directeur musical de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et du Bolchoï, et celle de chef principal du Deutsches Symphonie-Orchester à Berlin. À Toulouse, le programme de la soirée est le "Boris Godounov" de Modeste Moussorgski en version de concert, avant une deuxième exécution à Paris, Salle Pleyel, puis en tournée Espagne. Tugan Sokhiev a choisi de diriger la première version de cet opéra, composée en 1869 et représentée pour la première fois en 1928 - une version révisée par le compositeur ayant été créée en 1874, à Saint-Pétersbourg. Écrit par  Moussorgski, le livret puise dans la pièce d'Alexandre Pouchkine, elle-même inspirée du personnage historique et du "Macbeth" de William Shakespeare. Découpée en sept scènes, cette version initiale se concentre sur le personnage de Boris Godounov : de sa prise du pouvoir à sa fin pathétique, rongé de remords. Je découvre dans le programme que le chef connaît parfaitement cette partition pour l’avoir conduite à plusieurs reprises, de Vienne à Houston. Pour la Halle aux Grains et Pleyel, comme à Vienne deux ans plus tôt, il a choisi la basse italienne Ferruccio Furlanetto (photo), selon lui «le meilleur interprète actuel du rôle». La phalange toulousaine - que la presse spécialisée place en tête des orchestres de fosse en France, avec celui de l’Opéra de Paris - étant au meilleur de sa forme, tout est donc réuni pour faire de ce concert une réussite. Je m’attends à passer une belle soirée, mais une fois de plus, Sokhiev n’usurpe guère le qualificatif de «Dirigentenwunderwaffe» (chef d’orchestre miraculeux) dont l’a affublé la critique allemande. Je réalise peu à peu que j’assiste à un concert d’exception : un orchestre déployant des couleurs saisissantes, le chœur basque Orfeón Donostiarra à la fois majestueux et rigoureux dans ses multiples incarnations (les moines, les boyards, le peuple), une direction claire, harmonieuse et dépouillée, une distribution aussi fournie qu’équilibrée. Et pour le rôle-titre, un interprète de rêve: Ferruccio Furlanetto est doté d’une puissance vocale en or massif et d’un timbre à l’éclat de diamant. Familier du personnage, il en est un acteur aussi délicat que convaincant, sans effets encombrants ni pathos, tout en élégance et retenue. La chute de Boris n’en est que plus dramatique !
Après ce triomphe unanimement applaudi, j’ai déjà hâte de retrouver Tugan Sokhiev dans la fosse du Théâtre du Capitole pour "Cavalleria rusticana", de Pietro Mascagni, couplé à "Pagliacci", de Ruggero Leoncavallo, deux ouvrages qu’il a déjà dirigés à plusieurs reprises au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Cette nouvelle production toulousaine a été confiée à Yannis Kokkos. Je relève dans le dossier de presse que le chef connaît bien le metteur en scène puisqu’ils ont collaboré ensemble à Vienne, pour "Boris Godounov"…

T. Sokhiev & F. Furlanetto © Patrice Nin

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