mardi 18 décembre 2012

La diva et le missionnaire



















18 décembre 2012. Avec l’Orchestre de chambre de Bâle, Cecilia Bartoli revient à la Halle aux Grains pour un nouveau récital dédié au compositeur vénitien Agostino Steffani (1654-1728). Dans son dernier enregistrement, "Mission"(1), la mezzo-soprano romaine a mis au jour des airs inconnus de ce musicien oublié, lequel fut notamment diplomate pour le Saint-Siège auprès des princes allemands. Dans Le Figaro, je lis les propos de Cecilia Bartoli au sujet de ce prêtre catholique, missionnaire en terre protestante : «Il a retourné sa veste à plusieurs reprises, tenté de convertir les protestants de Düsseldorf au catholicisme, après avoir voulu faire l'inverse quelques années plus tôt dans la même ville!»(2). Elle raconte sa découverte des ouvrages d’opéra du compositeur: «Je cherchais pour mon prochain album un compositeur né de la transition entre la Renaissance et le baroque. Je connaissais Steffani de nom, pour sa musique de chambre et quelques duos, qui étaient à peu près tout ce que l'on avait joué de lui. Je me suis donc procuré des copies sur microfilms de ses manuscrits conservés à Londres. Dès la première lecture, j'ai pris conscience du fabuleux compositeur d'opéras qu'il avait été. Haendel a même utilisé certaines de ses mélodies dans "Ariodante" ou "Theodora". Ce type de citations ou d'hommage était l'usage à l'époque». La présence charismatique de Cecilia Bartoli soutient la musique d’Agostino Steffani empreinte de l’héritage de celle de Claudio Monteverdi - abordée durant son enfance - et influencée par la tragédie lyrique de Jean-Baptiste Lully - approchée lors d’un séjour à la cour du Roi Soleil. Entièrement dédié au compositeur italien, le programme du récital alterne des instants de pure mélancolie avec des airs fièrement pyrotechniques. Je mesure l’ampleur cosmique de cette musique transcendantale défendue par une artiste si profondément habitée par ces personnages que mon attention ne faillit guère. Sa technique irréprochable éclate en un feu d’artifice vocal dans le dernier air, celui d’Erta extrait de "Arminio". Le triomphe est tel qu’elle gratifie le public d’un complément de programme généreux, à la gloire de Georg Friedrich Haendel. C’est alors l’occasion de savourer son interprétation de «Scherza in mar», extrait de "Lotario", «Desterò all'empio dite» extrait de "Amadigi", et l’incontournable et fascinant «Lascia la spina» tiré de l’oratorio "le Triomphe du Temps et de la Désillusion".

(1) Decca
(2) Le Figaro (11/09/2012)
C. Bartoli © Uli Weber / Decca

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