vendredi 28 septembre 2012

Histoires spectaculaires



















28 septembre 2012. À la nuit tombée, je converse avec Manuela qui fume une cigarette devant l’entrée du musée des Abattoirs. Une jeune fille traverse la cour d’un pas décidée, se plante devant nous, lance avec entrain : « Alors, c’est sympa c’tte année Le Printemps de Septembre ? ». Nos mines éberluées l’incitent à préciser sa demande : « Je viens chaque année ! Le dimanche après-midi, c’est toujours très familial, non ? ». Manuela rétorque : « J’ai vu des choses très belles, mais "sympa" n’est pas le terme approprié ». J’ajoute que certaines salles sont déconseillées aux plus jeunes visiteurs. Un peu plus tôt, je regardais la vidéo associée à l’installation de Christoph Draeger, "Black September". L’artiste suisse a reconstitué la chambre d’hôtel où s’étaient enfermés les membres du commando palestinien qui avaient pris en otage des athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de 1972. Découvrant la pièce maculée de sang, un homme qui venait ici se distraire se plaignait d’être confronté à une telle violence. Comme si la gratuité d’une manifestation – en l’occurrence Le Printemps de Septembre – devait être synonyme de divertissement. Comme si l’art était un produit de consommation à apprécier après un bon repas au restaurent, histoire de passer un moment sympa le temps de digérer tranquillement… «L’histoire est à moi!» est le thème choisi par Paul Ardenne, historien, critique d’art et directeur artistique de cette édition du festival toulousain de création contemporaine. Parmi les artistes qui empoignent aujourd’hui l’histoire, le Londonien Mat Collishaw exhibe dans son installation "Deliverance" des ombres fluorescentes d’enfants ensanglantés. Je suis remué par cette œuvre présentée aux Abattoirs, « réappropriation de la tragédie de Beslan, petite ville d’Ossétie où un commando tchétchène, en 2005, prit en otage des centaines d’élèves et leurs professeurs. La "libération" des lieux par les forces russes se soldera par des centaines de morts », précise le catalogue du Printemps de Septembre. Plus loin, je n’arrive pas à détacher mes yeux de "Logical Revolts", moyen métrage de Louis Henderson, journal de voyage poétique et énigmatique sur l’Egypte de 1952 à 2012, que je visionne dans son intégralité. Je retrouve avec empressement l’univers de AES+F représenté par la monumentale série photographique "the Feast of Trimalchio" (le Festin de Trimalcion). Caractéristique de l’œuvre du collectif russe, cette fresque luxuriante est une «transposition moderne d’un épisode du "Satiricon"» de Pétrone. Une salle est dédiée aux photographies spectaculaires de Gérard Rancinan. Il revisite les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art : "Le Radeau de la méduse" de Géricault devient "le Radeau des Illusions", "La Liberté guidant le peuple" de Delacroix devient "la Liberté dévoilée" (photo). Pour les avoir aperçues dans la presse ou dans des ouvrages, je connaissais l’existence de la plupart des tableaux de Pierre et Gilles accrochés dans une salle du sous-sol. Mais je ne soupçonnais pas la qualité artistique du travail accompli pour l’encadrement de certains d’entre eux. Je termine la visite devant les attachants autoportraits de Samuel Fosso issus de la série "African Spirits". L’artiste d’origine camerounaise s’est respectueusement photographié sous les traits de figures noires idolâtrées : Léopold Sédar Senghor en costume d’académicien, Angela Davis, Martin Luther King, Malcom X, Miles Davis, ou Muhammad Ali en Saint Sébastien percé de flèches.

"La Liberté dévoilé" de G. Rancinan

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