samedi 19 octobre 2013

Est / Ouest














19 octobre 2013. Déjà réunis à Paris pour l’interprétation du Deuxième concerto de Franz Liszt à la Salle Pleyel, Jean-Yves Thibaudet retrouve Tugan Sokhiev et l’Orchestre national du Capitole de Toulouse autour de la même partition, à Toulouse. Habillé par Vivienne Westwood, le pianiste français fait son entrée sur la scène de la Halle aux Grains, en compagnie du chef russe. Je suis frappée par l’écoute réciproque des deux musiciens se poursuivant tout au long de l’exécution de l’œuvre. Si l’orchestre fait preuve d’une belle élégance et d’une énergie maîtrisée, Jean-Yves Thibaudet multiplie les effets jusqu’au maniérisme le plus démonstratif. Ralentissant systématiquement les tempi pour mieux les accélérer dans la foulée, le pianiste en fait des tonnes dès que la partition lui en donne l’occasion dans ses élans les plus théâtraux. Je reste de glace devant tant d’emphase et de sophistication dans les contrastes de l’œuvre, finissant par m’agacer de ces poses trop attendues à force d’être reproduites. Le chef et le pianiste prennent un flagrant plaisir à jouer ensemble, Tugan Sokhiev se pliant à deux reprises en arrière jusqu’à se coucher sur le piano, ou presque. Au terme de cette interprétation, ils s’étreignent longuement, témoignage d’une belle complicité. Ivre d’applaudissements, Jean-Yves Thibaudet se fait amplement désirer pour offrir au public l’une des "Consolations" de Liszt, puis un "Nocturne" de Frédéric Chopin. Alors, j’apprécie enfin la délicate poésie pour laquelle il est reconnu outre-Atlantique depuis trois décennies.
Un mois plus tôt, ouvrant la saison de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse à la Halle aux Grains, Tugan Sokhiev dirigeait le Deuxième concerto de Johannes Brahms avec Elisabeth Leonskaja (photo). La pianiste russe retrouvait alors la phalange toulousaine après une première approche en 2012, avec un Concerto de Robert Schumann qui m’avait conquis. Le 19 septembre dernier, je mesurais la puissante relation artistique nouée entre la pianiste et le chef lors de la longue tournée européenne de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, au printemps dernier. Tournée au cours de laquelle ils ont interprété ce concerto de Brahms. Au service du répertoire romantique dont elle est une grandiose spécialiste, Elisabeth Leonskaja insuffle à ses interprétations virtuoses une limpidité pure et minutieuse expurgée de la moindre pesanteur mélodramatique. J’admire sa personnalité humble et généreuse, son sens aigu du dialogue avec l’orchestre : la pianiste prête notamment une oreille fort attentive au court et si merveilleux solo de violoncelle confié à Sarah Iancu dans le troisième mouvement. Ovationnée au terme de son élégante performance, Elisabeth Leonskaja ne se fait pas prier pour livrer le troisième Impromptu de Schubert. Gorgées d’éclats de lumières, les notes ruissellent et s’évadent sous ses doigts en un flot continu et gracieux. Mes yeux s’humectent sous le poids d’une soudaine émotion.
E. Leonskaja © Julia Wesely
 

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