vendredi 4 mai 2012

Amours

















4 mai 2012. Au Théâtre du Capitole, Christophe Rousset dirige son ensemble baroque Les Talens Lyriques dans une nouvelle production très attendue de l'opéra-ballet "les Indes galantes", de Jean-Philippe Rameau, d'après la version conservée à la bibliothèque de Toulouse. Chargée de la mise en scène, la chorégraphe Laura Scozzi a transposé les quatre tableaux du livret dans une actualité percutante. Il est ainsi question de «réfugiés dans les eaux transfrontalières dans le tableau "le Turc généreux", du Sentier Lumineux et la lutte pour la maîtrise de la route de la drogue dans "les Incas du Pérou", de la thématique de la condition de la femme et de la question de la suprématie masculine dans "les Fleurs", de la lutte contre la déforestation et contre la vente de terrains boisés à des promoteurs dans "les Sauvages"». Les tableaux sont reliés par le thème commun de l'Amour, présenté dans le prologue. Le rideau se lève sur une végétation luxuriante abritant un paradis originel où évoluent dans la plus grande nudité une jeunesse heureuse (photo). « Quelle connerie !», éructe devant ce prologue amoureux un spectateur du parterre en ce soir de première - avant de quitter la salle une poignée de minutes plus tard. Puis, la Guerre ravage l'harmonie de cette scène et sème le chaos dans le monde. La direction du chef est, à mon sens, en totale intelligence avec le parti pris de la mise en scène : Christophe Rousset fait preuve de sècheresse et d'une extrême vitalité durant les deux premiers tableaux au cours desquels se déchaîne la violence des conflits guerriers et des barons de la drogue. Il s'appuie davantage sur l'exotisme et la beauté de la partition pour accompagner les tableaux suivants où l'humour est omniprésent. Au risque de basculer dans le politiquement correct, Laura Scozzi injecte dans sa mise en scène, avec pertinence et à hautes doses, des revendications féministes et écologistes, tout en surlignant l'aspect distrayant de l'œuvre. Je m'agace parfois des pitreries trop grossières des trois Amours, même si je prends un plaisir fou devant tant de théâtre – au risque d'être souvent trop distrait pour apprécier la musique de Rameau. Au terme de cette première représentation, une ovation est réservée aux artistes.

"Les Indes galantes" © Patrice Nin

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