mercredi 28 mars 2012

Pina, Pippo, Bobò et les autres

















28 mars 2012. Un drapeau arc-en-ciel - sur lequel est imprimé le mot «PAIX» - flotte au fond de la grande salle du Théâtre national de Toulouse. Derrière les spectateurs, les techniciens attendent le signal pour lancer le spectacle. "Dopo la battaglia" (Après la bataille) est la dernière création de l'auteur et metteur en scène italien Pippo Delbono. Micro en main, il racontera plus tard dans la soirée que Bobò collectionne les drapeaux qu'il accroche dans les chambres d'hôtels et les théâtres. Sourd-muet et analphabète, Bobò est la vedette emblématique des spectacles de Pippo Delbono dont la troupe hétéroclite rassemble des silhouettes improbables et des personnalités hors normes auxquelles je suis désormais très attaché. Le décor est un no man's land aux murs gris, une antichambre de maison d'arrêt où se déroule une succession de tableaux aux allures felliniennes. Le premier d'entre eux est la mise en scène d'un air d'opéra de Giuseppe Verdi dont la puissance visuelle me foudroie. Le violoniste roumain Alexander Balanescu interprète ses compositions ou des notes de Paganini. Scandés au micro, en maître de cérémonie dans la salle ou sur la scène, les monologues en colère de Pippo Delbono citent "le Procès" de Franz Kafka, "Pour en finir avec le jugement de Dieu" d'Antonin Artaud, mais encore Whitman, Pasolini, Rilke, Dante, sur les thèmes de la folie, de la révolte, parfois de l'amour. Il danse, éructe, dénonce la marche aveugle du capitalisme. Il raconte que sa mère ne veut plus assister à ses créations parce qu'elles sont trop désespérées. Il projette des images d'elle, filmées dans sa cuisine pendant le repas. Il présente Marigia Maggipinto, interprète chez Pina Bausch, dansant un extrait d'une pièce de la chorégraphe. Je suis médusé par la beauté fulgurante de cette scène. Il évoque de nouveau sa rencontre avec Bobò dans un asile psychiatrique. Je suis ému aux larmes quand il finit par lui dédier le spectacle: à cet être qui lui a «sauvé la vie». Bobò s'abreuve des longues acclamations venues du public.

"Dopo la battaglia" © Lorenzo Porrazzini

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