jeudi 7 avril 2011

Sensations fortes

















7 avril 2011. L'Orchestre national du Capitole de Toulouse est dirigé par Tugan Sokhiev, son directeur musical, à la Halle aux Grains. Suite symphonique de Gabriel Fauré, "Pelléas et Mélisande" ouvre délicatement le programme de cette soirée. Il se poursuit avec le concerto pour harpe de Boris Tishchenko, compositeur russe disparu en décembre dernier à Saint-Pétersbourg. Il fut l'élève de Chostakovitch dont Sokhiev comprend à mon sens tout à fait la musique. Veuve de Tishchenko, Irina Donskaya, est invitée à créer à Toulouse cette partition dont elle est créatrice et dédicataire. Elle dispose de deux instruments face à elle. Je suis déconcerté par l'originalité de l'œuvre qui multiplie les répétitions obsessionnelles autant que les dialogues entre les instruments. Un solo de harpe d'une incroyable longueur est l'occasion d'apprécier l'exceptionnelle virtuosité de l'instrumentiste. Je m'amuse à scruter les regards ébahis des musiciens face à une telle démonstration d'agilité. La gravité de la musique est apaisée par la voix de la soprano Julia Wischniewski qui émerge du centre de l'orchestre où elle est installée. Le chef enchaîne après l'entracte avec deux musiques de ballet. Les "Valses nobles et sentimentales" ont été composées pour piano en 1911 par Maurice Ravel, en hommage à Franz Schubert, puis orchestrées l'année suivante. Avec une élégance raffinée, le chef dirige autant qu'il danse cette cascade de dissonances mesurées. La soirée s'achève avec un autre compositeur français : la suite n°2 tirée du ballet "Bacchus et Ariane" d'Albert Roussel, créée en 1934. Je suis magnétisé par la chorégraphie très expressive de Tugan Sokhiev. Dans la bacchanale, il entraîne l'orchestre dans un véritable tourbillon musical qui défie toutes les lois de la morale. Un frisson charnel me traverse à la vue de deux gouttes de sueur perler au bout de son nez. Sokhiev est un rockeur et le public exalté par tant d'énergie déployée se répand en bruyantes acclamations.

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